Tunisie et les Autres


De tout coeur avec ce peuple tunisien qui se déplace par n’importe quel moyen, en honneur à cette Caravane de la Libération, en pensée pour ces jeunes qui s’affrontent en Algérie, pour ces jeunes qui s’immolent de désespoir et de sacrifice pour que leur pays change, et pour tous les Autres…

Je retranscris ces quelques lignes de l’analyse de Simone Goyard-Fabre sur le: «Discours de la servitude volontaire» d’Etienne de la Boétie, (1530-1563).

 

La force corrosive de tous les despotismes corrompt la vie sociale et les structures socio-politiques d’un Etat soumis à la tyrannie sont caractéristiques. La Boétie montre que les mauvaises institutions sociales et politiques entraînent inévitablement les hommes dans les sentiers dangereux où s’abîme toute vertu.

En effet, si le tyran, dans sa superbe qui lui fait «compter sa volonté pour raison», éprouve sa solitude comme une sorte de transcendance, il n’empêche qu’autour de lui gravite un essaim malfaisant. La Boétie voit dans la structure sociale de la tyrannie «le ressort et le secret de la domination». Cet effet de la tyrannie permet donc, tout autant que ses causes, d’en comprendre le sens.

C’est par strates successives que, sous un tyran, se répand le mal politique. Cinq ou six ambitieux, auprès du despote, se font directement complices de ses méfaits; mais ces six contaminent bientôt six cent personnes trop dociles – ou trop intéressées – et celles-là, six mille qui, flattées d’obtenir le gouvernement des provinces ou le maniement des deniers, tiennent pour le tyran, de proche ne proche, tous le pays en servage.

Le maléfice de la tyrannie ne dépend donc pas tant du prestige, réel ou supposé, du tyran, ni du nombre des tyrans, que de l’inertie morale de ceux qui se laissent séduire par des courtisans mus par l’ambition. Dépourvus de probité, cupides jusqu’à la turpitude, ils servent, laquais sans dignité, le «visage riant et le coeur transi» complices d’un régime qui sème partout le désastre et la mort. «Ces misérables voient reluire les trésors du tyran et regardent tout ébahis les rayons de sa braveté; et, alléchés de cette clarté, ils s’approchent, et ne voient pas qu’ils se mettent dans la flamme qui ne peut faillir de les consommer»

Que ces tyranneaux se perdent eux-mêmes n’est pas le plus grave. Ce qui, dans cette pyramide sociale vermoulue, est désastreux, c’est que la sourde connivence de ces classes de bourdons sert les tyrans à «accoutumer le peuple envers eux, non seulement à obéissance et servitude, mais encore à dévotion». Ainsi la perfidie du tyran consiste-t-elle à «asservir les sujets les uns par le moyen des autres». Elle fait de lui un véritable «mange-peuple». Nous tenons là le principe secret des univers concentrationnaires de tous les temps.

Etienne De La Boétie a écrit ce discours alors qu’il avait entre 16 et 18 ans.



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