Le vrai journalisme en danger


Clearstream

Denis Robert, écrivain journaliste indépendant, a enquêté pendant plus de 2 ans sur l’affaire Clearstream, une société basée au Luxembourg, la banque des banques dont les seuls clients sont des institutions financières.

Dix ans de procès pour ce journaliste sur une enquête publiée dans les livres: «Révélations», «La boîte noire» et un film: « Les dissimulateurs» qui raconte comment cette société sert à dissimuler les transactions douteuses. Ses livres paraissent en 2002, mais ne sont pas republiés. Sur Ebay, fin février 2011, ces «livres interdits» se marchandaient entre 250-300 euros. Des impatients sans doute!

Denis a fait front à pas moins d’une centaine de procès pendant une dizaine d’années, dans plusieurs pays. Ce n’est qu’en février 2011 que la Cour de Cassation française l’a blanchi, estimant que son enquête est sérieuse et de bonne foi. Aujourd’hui, la Cour de Cassation a demandé à celle de Lyon de fixer le montant des préjudices et de déterminer le nombre des encarts publicitaires qui devront être achetés pour publier le jugement. Encarts qui vont coûter bonbon quand on sait que le Printemps du Maghreb et sa menace islamiste, et le Printemps du Japon et sa menace nucléaire focalisent toutes les attentions et faire grands tirages!

Le livre «Révélations» et le 1er film «Les dissimulateurs» sortent en février-mars 2001, suivi par «La boîte noire» en octobre 2002. Clearstream, va multiplier les plaintes en diffamation en France et au Luxembourg, au pénal et au civil. Les trois condamnations principales seront annulées

Viennent ensuite des interviews qu’il a donnés dans les quotidiens, les journaux et dans les émissions de télévision. 12 accusations dont 9 seront déboutées. Clearstream en gagne 3, Denis n’ayant pas un âne qui chie de l’or et ne pouvant plus aller en Cassation. Sinon, sûr qu’il les aurait aussi gagné. Un comité de soutien se crée en 2007 qui récoltera pas moins1887 chèques pour le soutenir. L’arrêt de Cassation arrive donc au bon moment.

Clearstream avait choisi Richard Malka, avocat du «Charlie Hebdo», journal le plus attaqué de France. Malka qui connaît Denis, ancien journaliste à Libération aussi connu pour «L’appel de Genève» avec Bernard Bertossa. Le seul moyen sera de le diaboliser: «Denis Robert:L’ennemi de la presse»» et de mettre au point une stratégie reposant sur un réseau de médias qui écrira des éditoriaux fielleux et user de rumeurs du genre:

«Clearstream est a plus grande lessiveuse d’argent sale du monde» dit un témoin dans le film de Denis qui lui répond: que ce n’est pas une entreprise qui blanchit, mais qui dissimule. Malka va propager la première interprétation, suivi en cela par tous les journalistes. Et Denis de passer son temps devant les tribunaux à démentir. Les juges français, de gros paresseux, le condamneront et seront déjugés par la Cour de Cassation composée de 14 juges qui travaillent dans le calme et qui sont attentifs aux arguments de Clearstream et de ses deux avocats de Denis, Me Litzler et Zaoui. Chaque fois, Denis gagne mais fait l’objet de critiques de la part de ses confrères connus, comme le directeur de France Inter, Philippe Val qui s’exprime avant la décision de la Cour de Cassation:

Pour Denis Robert, c’est lié à cette profession où la paresse règne et où les journalistes deviennent les moutons de Panurge. Les éditorialistes sont très forts pour faire des éditos et crier à la censure en Tunisie ou en Roumanie, mais quand cela se passe en France, ils ne le font pas. Denis a néanmoins reçu des centaines de cartes de soutien de confrères qui font du journalisme au quotidien.

Faire une enquête sur une société puissante peut devenir un très gros problème. Denis a fait un travail d’observateur et a commencé à se battre pour le travail de journalisme d’investigation. Sa victoire crée une jurisprudence. La Cour de Cassation a jugé son enquête sérieuse, qui sert l’intérêt général et elle a fait reculer les dogmes de la diffamation. Depuis, un journaliste peut faire un travail d’investigation sérieux.

L’arrêt de la Cour de Cassation n’a pas été très médiatisée. Et pour cause, difficile pour ses détracteurs de dire: «On s’excuse, on s’est trompé».

Mais ce jugement final est aussi une bombe à retardement car Clearstream se retrouve dans une situation inextricable. La Cour de Cassation autorise aujourd’hui la sortie de ses livres qui contiennent des accusations d’une gravité extrême sur le fonctionnement de cette chambre de compensation qui a ouvert des comptes dans les paradis fiscaux. Paraissent aussi des soupçons très forts de double comptabilité, d’acceptation de banques mafieuses, de comptes liés au terrorisme, des liens entre Clearstream et l’INSEEC qui est une commission de déontologie, ainsi qu’un certain nombre de révélations qui pourront être resservies par les journalistes qui auront le droit de citation.

L’Europe, malgré «L’appel de Genève», n’a pas encore les moyens adaptés pour lutter contre ce genre de crimes ou d’accusations. Il y a un vide juridique et Malka en a joué.

Son 3ème livre: «Clearstream, l’enquête» sort en juin 2008. Sur la plainte d’une personne, ce livre a été retiré des librairies pendant 27 jours et a été remis dans les étals en plein été, dans le silence.

Maintenant, 10 ans après, tous les livres vont être republiés et on ne sait pas si l’enquête est toujours d’actualité. Clearstream a été revendue à Deutsche Börse Group, une entreprise allemande, mais le millier de banques sont toujours associées à Clearstream.

Si Clearstream n’avait rien à cacher, elle aurait pu dire qu’elle avait commis des erreurs de gestion. Or il y a de fort indices de dysfonctionnement car l’accusation la plus grave que Denis porte avec force et virulence, c’est l’effacement des transactions. À l’intérieur de la boîte, un système informatique efface des transactions financières par dizaines de milliers par jour. Et pour certaines, très particulières, on donnait l’ordre d’effacer: le «Bah! Forget it!» comme le lui a dit le responsable de l’informatique à l’époque. Ce qui veut dire que Clearstream effaçait toutes les traces qui existaient entre l’acheteur et le vendeur. Cela veut dire aussi qu’on pouvait y acheter ou y vendre n’importe quoi et que cela est peut-être encore en usage aujourd’hui car rien ne prouve le contraire. Et étrangement, sur cette accusation-là, Malka n’a jamais attaqué Denis.

Denis Robert n’a pas encore retrouvé toute sa crédibilité mais est redevenu un personnage fréquentable qu’on invite à la TV où il ne s’y rend que pour la vérité, que pour le journalisme. Actuellement, pour son pays qui est la France, c’est vraiment important de monter au front porter cet exemple-là. Et pour lui, il faudrait continuer à enquêter sur Cleartstream. C’est une boîte qui n’a jamais été contrôlée et c’est le secret des secrets où il y a encore beaucoup de pistes à creuser. Denis lui, n’en a plus le courage, et on peut le comprendre!

En mars 2011, il est invité à l’émission: «Complément d’enquêtes» qui ne va pas creuser l’enquête. Tout doit aller très vite. On y parle Wikileaks, Julian Assange, de tous ces sujets qui sont développés depuis un an sur internet. Les présentateurs télévision sont à la ramasse! Ce milieu-à est en train de creuser sa tombe. Et la presse française va très mal! Or il y aurait beaucoup à faire sur les ventes d’armes, sur Sarkozy car tout n’a pas été dit sur: comment il est arrivé au pouvoir et quels sont ses soutiens… sur les lobbys des centrales nucléaires, mille sujets.

Pour Denis Robert, ce qui compte, dans un régime où le pouvoir a des relations de plus en plus compliquées, c’est l’information. Produire une information qui soit libre et indépendante car elle est le ferment de toute démocratie.

Aujourd’hui, Denis Robert donne des cours de journalisme à de jeunes étudiants et il pense qu’il y a un espoir de ce côté-là.

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