Ces immigrés qui font tant peur


Le 7 avril 2011, à Milan, Claude Guéant, ministre de l’Intérieur français, est très irrité: «Ni l’Italie ni la France n’ont vocation d’accueillir les migrants tunisiens. À ce tarif-là, je comprends mieux pourquoi MAM voulait envoyer ses commandos speychel bânlioues in Tunis, when ces méchants Tunisien en voulaient à Ben Ali. Et merde! Si on avait su, on aurait soutenu le colonel Kadhafoldingue pour qu’il garde ces étrangers à peau bronzée dans ses geôles capitonnées», dit-il à son homologue italien Roberto Maroni. Et de continuer: «Et vous, que faites-vous?! Vous décidez, comme ça, de leur délivrer des permis de séjour temporaires qui leur permettent de circuler ça et là, librement, dans tout l’espace Schengen et ce, pendant 6 mois, avant de retourner en Tunisie! Et cela, soi-disant en accord avec les autorités tunisiennes. Nous, Français qui avons déjà tant fait pour ces pays, ne voulons pas subir encore une vague d’immigration tunisienne. Alors, nous allons bidouiller un truc pour interpréter les accords du Traité de Schengen!».

Après une bonne nuit de sommeil, Claude Guéant est revenu sur ses propos de la veille: «Clair qu’on ne peut pas bidouiller les accords Schengen au jour le jour! Nous ne reviendront donc pas sur les autorisations de séjour délivrées qui permettent la libre circulation. Mais nous allons lutter contre le flux migratoire en provenance d’Afrique du Nord». Maroni de continuer: «Ouais, nous allons envoyer des patrouilles aériennes et navales, au large des côtes tunisiennes pour bloquer les départs….», «Et ceci, grâce à un effort commun entre nos pays et les pays de l’Union européenne!» conclut Claude Guéant, en coupant la chique à Maroni. « Nous allons créer un groupe de travail conjoint pour étudier et prendre des initiatives afin de bloquer les départs des clandestins ainsi qu’un programme de rapatriement volontaire ou à l’échéance du permis de séjour temporaire».

 

Il faut dire que la polémique entre la France et l’Italie a débuté jeudi, lorsque cette dernière a décidé d’accorder des permis de séjour aux Tunisiens immigrés. Ce à quoi, les autorités françaises ont réagi violemment, tout en précisant qu’elle est heureuse qu’enfin la Tunisie entre dans une ère de liberté et de démocratie, mais que cela ne justifie pas les raisons d’immigration économique. De ce fait fort réjouissant, le ministre français a annoncé que la France bloquerait l’afflux d’immigrés. «Méchants!» s’exclame Rome. «Les Tunisiens qui bénéficieront du permis de séjour auront le droit de circuler librement. Et si vous n’êtes pas contents, vous n’avez qu’à vous retirer de l’espace Schengen!». Le torchon brûle.

Il faut dire que depuis que Ben Ali s’est barré en janvier 2011 et que Kadhafou envoie ses étrangers, ce ne sont pas moins de 25’000 migrants, dont la plupart sont tunisiens, qui ont débarqué sur les plages italiennes, préférant la petite île touristique de Lampedusa au grand dam des habitants qui ne savent que faire devant tant de détresse.

Berlusconi arrive et déclare, aux Lampedousins médusés: «Je vais acheter une villa, faire un golf à 18 trous, vu la superficie de l’île, et demander que le Prix Nobel de la Paix vous soit décerné, d’ac?!»

Pendant ce temps, Claude Guéant prépare un texte pour les futurs immigrants tunisiens:

« Préambule: pour bénéficier de (la) libre circulation (prévue par l’article 21 de la convention de Schengen), les intéressés doivent être en possession: soit d’un titre de séjour en cours de validité émis par un État membre (le mot est souligné), de leur passeport national, soit d’une autorisation provisoire de séjour en cours de validité, émise par un État membre, accompagnée (le mot est encore souligné) d’un document de voyage émis par le même État membre. Les intéressés doivent être en mesure de justifier de l’objet et des conditions de leur séjour en France. Préambule II: les ressortissants des pays tiers porteurs d’un document de séjour délivré par un État membre ne peuvent être considérés comme étant en situation régulière, que si les cinq conditions suivantes sont réunies: Chapitre I: être muni d’un document de voyage en cours de validité reconnu par la France. Chapitre II: être muni d’un document de séjour en cours de validité. Chapitre III: justifier de ressources suffisantes, soit 62 euros par jour et par personne et 31 euros s’ils disposent d’un hébergement. Chapitre IV: ne pas constituer (…) une menace pour l’ordre public. Chapitre V: ne pas être entré en France depuis plus de trois mois. En Conclusion, je vous le dis: il convient donc de vérifier si ces conditions sont remplies. L’examen de la situation de chacun sera minutieux et l’on peut déjà prédire que tous ne passeront pas!»

Et de dire, à son secrétaire: «Et ce n’est pas ce petit bateau qui a chaviré pendant la nuit du 5 au 6 avril qui va nous émouvoir. Certes, on peut déplorer ces cent trente disparus. Mais aussi, si ces marins d’eau douce ne s’étaient pas tous mis du même côté de leur embarcation, ils seraient tous à Lampedusa maintenant! Le bon côté des choses, c’est que cela fait ça de moins à accueillir sur notre sol. Je sais, c’est un peu cynique, mais merde quoi! On a déjà assez de problèmes comme ça pour en rajouter une couche. Et tu te rends compte, Bouillon, notre cote de popularité juste avant les élections!! Non non! On ne peut pas faire ça à Sarko! Et ce serait du pain béni pour la Le Pen! Plus de 22’000 immigrés (alors là, les chiffres fluctuent, c’est selon. Donc ce sera entre 22’000 et 25’000) qui sont déjà arrivés en Italie, la barque est pleine!»

 

Heureusement qu’il y existe encore en France, une femme comme Sandrine Mazetier, secrétaire nationale à l’immigration, du PS, qui dénonce une attitude indigne des deux pays.

 

En Helvetistan, pays où la loi en matière d’immigration est une des plus dures d’Europe, on la joue plus finaud. Les 55 immigrés arrivés aux frontières de Chiasso, au Tessin, petite province suisse-italienne au sud de la Confédération, les demandeurs d’asile sont accueillis dans un centre depuis lequel ils vont être redirigés dans d’autres centres suisses et, lorsque leur situation aura été examinée, les renvoyer dans leur pays d’accueil. 55 immigrés qui sont aussi du pain béni pour la LEGA, grande amie de l’UDC, juste avant les élections de septembre. 55! Et un dispositif sécuritaire déployé à grand renfort aux frontières tessinoises!

 

 

http://www.lefigaro.fr/assets/pdf/110407-circulaire-gueant.pdf

 

 

 

Publié le 9 avril 2011


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