L’élite directoriale et professionnelle en tant que classe dirigeante



Petit texte prélevé dans le livre «La culture du Narcissisme» de Christopher Lasch, que j’ai lu hier soir. Et comme je n’ai aucune imagination pour aujourd’hui, je me permets de rapporter ci-dessous un des passages encore tout frais, car tout est à surligner dans ce livre, ce que j’ai fait, et je ne retrouve plus les passages importants que j’aurais aimé partager sur ce site.

Pages 274 – 275 (sur 307…j’arrive au bout!)

Ceci est juste un extrait intitulé:

 

«L’élite directoriale et professionnelle en tant que classe dirigeante»

A mesure que les riches, eux-mêmes, perdent le sens du lieu et celui de la continuité historique, l’impression d’«avoir droit», qui permet de recueillir les avantages hérités comme allant de soi, fait place à ce que les cliniciens nomment un «avoir-droit narcissique» – illusions grandioses et vide intérieur. Les privilèges que les riches peuvent conférer à leurs enfants se réduisent à de l’argent. Alors que la nouvelle élite rejette le point de vue de la vieille bourgeoisie, elle s’identifie, non pas à la morale du travail, ni aux responsabilités de la richesse, mais à son style de vie consacré aux loisirs, à l’hédonisme et à l’accomplissement personnel. Bien qu’elle continue de gérer les institutions américaines dans l’intérêt de la propriété privée (celle de la société anonyme en opposition à celle du patron-propriétaire), elle a remplacé la formation du caractère par l’attitude permissive, la guérison de l’âme par celle du psychiatre, la justice aveugle par la justice thérapeutique, la philosophie par les sciences humaines, et l’autorité personnelle par celle, tout aussi irrationnelle, des experts professionnels. Cette nouvelle élite a également tempéré la compétition par la coopération antagoniste, tout en abolissant un grand nombre de rituels, qui permettaient auparavant aux pulsions agressives de s’exprimer de manière civilisée. Dans le temps même qu’elle établissait un système d’instruction universelle, elle créait une nouvelle forme d’ignorance. Alors qu’elle tentait de sauver la famille, elle l’affaiblissait. Elle a déchiré le voile de courtoisie qui, jadis, adoucissait l’exploitation des femmes, et mis l’homme et la femme, face à face, en position d’adversaires. Elle a privé le travailleur de ses compétences et la mère de son «instinct» maternel et, tant dans le domaine de l’éducation que celui du travail, elle a réorganisé l’entendement sous forme de connaissances ésotériques dont seuls les initiés auraient la clef. Cette nouvelle classe dirigeante a ainsi élaboré de nouveaux modes de dépendance avec une efficacité égale à celle que l’ancienne avait déployée pour abolir l’assujettissement du paysan à son seigneur, de l’apprenti à son maître, de la femme à son mari.

Qu’on ne se méprenne pas. Je ne veux pas donner à entendre qu’il existe une vaste conspiration contre nos libertés. Toutes ces actions ont été prises en pleine lumière et, dans l’ensemble, avec de bonnes intentions. Elles n’ont pas été non plus le fait d’un politique cohérente de contrôle social. Les gens qui formulent une politique voient rarement au-delà des problèmes immédiats. Or, la doctrine sociale des Etats-Unis s’est développée en réaction à une série de situations d’urgence. De plus, le culte du pragmatisme permet aux responsables de justifier leur incapacité ou leur refus d’établir des plans audacieux à long terme. Ce qui donne cohérence aux actions entreprises par les directeurs et professionnels qui gèrent le système, c’est leur volonté de promouvoir et de préserver le capitalisme des grandes sociétés dont ils tirent, eux-mêmes, le plus grand profit. Les besoins de ce système modèlent la politique mise en oeuvre, et circonscrivent les limites des discussions publiques sur ce sujet. Si nous sommes, pour la plupart, conscients de l’existence de ce système, nous ignorons, en revanche, la classe qui le gère et qui monopolise la richesse qu’il crée. Nous nous refusons à faire une analyse «de classe» parce qu’elle pourrait ressembler à une explication par la «théorie du complot». Mais nous nous interdisons, du même coup, de comprendre comment sont nées ces difficultés présentes, pourquoi elles persistent, et comment elles pourraient être résolues.

*

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s