Jour J-9 en Turquie


 

Publié le 3 juin 2011

 

Entendre scander Erdogan sans le voir, donne déjà des frissons dans le dos. Au son de cette voix qui martèle on ne sait quel slogan, la mémoire collective se réveille et on ne peut s’empêcher de voir de gros nuages sombres se pointer à l’horizon.

Fort de son référendum du 12 septembre 2010, ce fut un premier ministre tout revigoré et gai qui pérorât sur sa victoire reposée sur des promesses dont personne n’en eusse encore vu la couleur. À part ce bien triste épisode lors duquel ce fussent les étudiants fondamentalement musulmans qui se vissent emporter leur ticket d’entrée à l’université, et les jeunes femmes de ne plus être condamnées à déposer leur foulard à la guérite des campus, les cours de justice furent réformées et ce n’est plus la hiérarchie par expérience qui siège, mais une hiérarchie islamiste.

Or, pour le 12 juin, après s’être allié une partie des musulmans kurdes, Erdogan s’est approché des mouvements nationalistes et fondamentalement islamistes aussi.

Ce qui est en jeu? Le pourcentage des partis qui doivent passer le barrage des 10% de suffrage pour obtenir des sièges à la chambre des députés qui en compte 550. Si une petite majorité de ces sièges est déjà acquise à l’autocrate Tayyip, une grande minorité de l’opposition risque bien de mettre les bâtons dans les roues du bouillonnant Recep (Tayyip Erdogan, l’avantage d’avoir des noms à rallonges, éviter les répétitions) qui n’a qu’un seul rêve, devenir le dictateur de la plus grande démocratie fondamentalement islamiste de la région. Et d’appliquer, par là même, toutes les mesures accompagnant ce type de régime, à commencer par la censure. D’ailleurs, on n’a pas attendu les élections pour remplir les prisons de journalistes, majoritairement opposants ou critiques vis-à-vis de l’attitude de l’AKP, Parti Erdoganiste, faut-il le rappeler.

Fort heureusement, il y a aussi le Parti Républicain du Peuple Turc, le CHP (initiales qui n’ont rien à voir avec la dénomination de cette opposition, mais on est en Turquie). Ce Parti mené par un certain M.Kilicdaroglu, victime d’un harcèlement électoraliste hors normes d’Erdogan, mais qui pourrait encore être le garant d’une démocratie turque.

Toujours est-il que si le 12 juin, Tayyip Erdo se paie 40% des suffrages et le PHP 35%, le bateau ne bouge pas et l’autocrate Recep de ravaler sa colère. Mais si Erdo se paie près de 400 sièges de députés, ce sera la dictature qui régnera sur la Turquie.

 

Et de citer une comptine turque:

Il y a un troupeau de vaches qui paissent tranquillement dans un pré. Arrivent alors quelques lions menaçants. La cheffe des vaches arrive pour signer un accord de paix avec le chef des lions.

  • Mais que veux-tu, oh grand chef à crinière, pour que tu nous foutes la paix?!
  • Tu voix la vache noire là-bas, dans ton troupeau? Tu me la donnes et je te laisse tranquille!
  • Soit!

Et le pauvre bovidé noir d’être livré aux lions.

Mais quelques jours plus tard, les lions reviennent emmerder les ruminants. La cheffe du troupeau revient discuter avec le gros prédateur.

  • Mais bordel de merde, que veux-tu encore. Tu as eu ta vache noire, n’est-ce donc point suffisant, espèce de décoiffé de la crinière?!
  • Non! Et j’aime mieux ma crinière que tes cornes, ça c’est pour le retour de compliment. Tu voix la vache brune là-bas, près de l’arbre. Tu me la donnes et je te foutasse la paix!
  • Soit!

Et la pauvre vache brune de rejoindre l’escorte des lions.

Quelques jours plus tard…

Un beau jour, le troupeau se retrouva non point troupeau, mais petit colloque qui se demandait quelle erreur la négociatrice en cheffe avait-elle pu commettre. Et de s’entendre répondre, par une de ses misérables compagnes

  • Mais très chère. L’erreur, tu l’as commise le jour même où tu as livré la première vache noire à ces fumelards de lions!

 

En attendant, dans une geôle sombre de Turquie, un certain Abdullah, livré par la CIA au gouvernement turc, retient les troupes du PKK jusqu’au 12 juin 2011 et les résultats qui s’en suivront. Si Erdo tient les promesses faites aux Kurdes pour obtenir leurs voix, promesses que des émissaires politiques ont livrées fissa-fissa au chef du PKK, ce mouvement fondera comme neige au soleil. Si ce n’est pas le K, le PKK se réveillera sous le mot d’ordre d’Occalan, dont l’oeil vigilant scrute, dans le sombre absolu de sa tanière involontaire, le moindre faux-pas de l’autocrate.

 

 

Et pour ceux qui veulent en savoir un peu plus: The Economist, qui publie pour la première fois son mensuel contre le pouvoir turc en place.

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s