LES OUVRIERS “JETABLES APRÈS USAGE” DE FUKUSHIMA


Publié le 27 décembre 2011

Les touristes étrangers regagnent le Japon pour passer de merveilleuses vacances de Noël après avoir reçu les consignes de se rendre à l’Est ou au Sud, mais éviter le Nord. Ne voulant pas gâcher les joyeuses fêtes de fin d’année de crises, je me suis dit que j’allais baisser un peu la pression nucléaire pour finir l’année en beauté et je me suis dit: «Ben tiens! Si j’en remettais une couche, non?!» Allez, on y va!

LES OUVRIERS “JETABLES APRÈS USAGE” DE FUKUSHIMA, ou comment on nous prend pour des cons!

Selon les informations tirées du Fukushima Blog de Tomohiko Suzuki, le 18 décembre 2011, le gouvernement japonais vient de décréter l’arrêt à froid des réacteurs de Fukushima. Tomohiko Suzuki, journaliste de terrain, s’est fait embaucher à la centrale de Fukushima comme ouvrier par l’intermédiaire d’une filiale de Toshiba. (j’ajoute au passage que j’ai enfin reçu ma batterie et que j’en suis ravie, économisant ainsi 4 heures d’électricité par jours) Il a donc pu enquêter à l’intérieur même du site du 13 juillet au 22 août 2011. Ses révélations portent notamment sur la disparition de dizaines, hum!…de centaines d’ouvriers des listes administratives de la centrale nucléaire.

Tout d’abord, les déclarations de Tomohiko Suzuki sont à l’opposé de la communication officielle qui clame que tout est sous contrôle. (Ah ben dis donc, ça c’est une révélation!) Selon lui, seuls des travaux de façades ont été effectués pour faire croire que tout va bien, circulez, il n’y a rien à voir! (Les particules fines, elles, s’en tapent et continuent à s’échapper par la toiture). L’installation de la tente de protection du réacteur n°1 et le nettoyage de la façade sud du réacteur n°4 ne sont que des leurres pour donner une image de maîtrise de la situation. Mais rien n’est réglé pour autant!

Dressons dans la joie une petite liste non exhaustive:

1) On ne sait toujours pas quoi faire de l’eau contaminée par le refroidissement des réacteurs et les réservoirs installés sur le site peuvent contenir 106’000 tonnes d’eau contaminée. Sans la pression de l’opinion public, TEPCO aurait déjà relâché cette eau dans la mer.

2) Les 6 piscines des réacteurs et la piscine commune nécessitent un refroidissement constant car elles renferment ensemble 1964 tonnes de combustible. Ces piscines sont très très dangereuses qui ne servent à rien sinon à dépenser du fric pour leur surveillance et leur entretien les dizaines d’années à venir.

3) Les coriums des réacteurs 1, 2 et 3, soit environ 257 tonnes de combustibles, ne sont toujours pas localisés. (Alors pour le corium, j’avais déjà donné une explication de ce qu’est-ce dans un de mes articles sur FAICMFSF et, dans mon infinie bonté, je vais la redonner, vu que je ne la retrouve pas. Le corium est un magma de saloperies fondues en fusion qui est tellement chaud que ça traverse tout. On le connaît plus vulgairement sous le nom de «syndrome chinois»)

Pour Tomohiko, il fallait évacuer une zone de 80 km autour de la centrale: «Des gens vivent dans des zones qui devraient être évacuées. Ici, c’est comme s’ils vivaient à l’intérieur d’une centrale nucléaire. Et sans accès aux piscines, en plus!».

Aujourd’hui, les idées des ingénieurs sont repoussées car il n’y a plus de pognon, d’où la précipitation du gouvernement et de TEPCO pour annoncer un «arrêt à froid» des réacteurs. Cette news permet uniquement de réduire drastiquement le budget alloué à la résolution de la crise, et tout cela aux dépens de la santé des travailleurs qui, pour la plupart, ne sont pas prévenus des dangers des radiations, évidemment! (Sans compter qu’il fait froid, que les Japonnais se les gèlent, qu’ils doivent réduire leur consommation de chauffage et qu’il faut remettre tous les réacteurs nippons en fonction sinon, les entreprises vont délocaliser!)

Pour ce qui est du recrutement

Juste après les explosions de mars, TEPCO a demandé à l’ensemble de ses entreprises de sous-traitance de recruter des «suicidaires» et Tomohiko Suzuki témoigne des conditions de travail inadmissibles et de la non-vérification de la qualification des intérimaires. Les ouvriers du nucléaire doivent se la coincer, comme cela est stipulé dans leur contrat d’embauche.

Les yakuzas, la plus grande organisation criminelle au monde, sont aussi responsables des 10 % du nombre de recrutés dans la centrale de Fukushima.

Le démarchage des personnes en difficulté est une autre manière d’embaucher des ouvriers sur la centrale. La catastrophe de Fukushima a créé une économie parallèle où de «gros salaires» sont versés à des gens prêts à tout pour sortir de la misère. Sur internet, différentes annonces offrent un salaire mensuel de 200’000 yens plein temps, ainsi que des annonces à 30’000 yens pour 3 heures par jour, selon les différences des tâches à effectuer sur le terrain ou dans la centrale. (Alors, comme ces chiffres ne disent rien à personne, j’ai effectué une conversion, specially for you: 100’000 yens = 982.25 euros = 1’201.00 chf, ben tiens! L’euro est remonté!)

Dans les zones les plus contaminées, des ouvriers «non référencés» sont obligés de travailler dans des conditions extrêmes. Pour exemple, dans le réacteur n° 3, un endroit rempli de débris peut être retrouvé le lendemain nickel. Ce ne peut être fait que par des travailleurs «jetables» forcés de travailler dans des situations extrêmes avant d’être renvoyés fissa fissa at home, sweet home.

Certains ouvriers ne portent même plus leurs dosimètres afin de pouvoir travailler plus longtemps, sinon, arrivés à la dose maxi, ils sont licenciés menu militari.

Quant à TEPCO, cette entreprise aurait «perdu» ses listes de travailleurs dès les premiers mois. Or selon Fukushima Diary (un journal de là-bas), il manquerait officiellement 840 ouvriers au 15 décembre et il est impossible de savoir aujourd’hui où sont passés les corps.(Mais, dans les déchets radioactifs, banane!). Un journaliste frondeur en a d’ailleurs posé la question directement au secrétaire parlementaire Yasuhiro Sonoda qui n’a pas pu lui répondre, car le gouvernement l’ignore. (Et à la limite, s’en bat le beurre, tous ces décédés étant tout bénéf pour la sécu nippone!)

Vidéo genre langue de bois des dirigeants atomisés, attention comique

Pendant ce temps, à Fukushima…

Le gouverneur de Fukushimatombe des nues lorsqu’il apprend que tout va bien dans le meilleur des mondes dans son district et ce, en regardant la télé. Les travailleurs sont également furieux d’avoir entendu leur premier ministre déclarer que: non seulement la température dans les réacteurs a baissé mais que désormais, tout est sous contrôle!

«Euuuhhh mais les menteurs!»

«Qu’est-ce qu’ils disent?»

«Quoiiiaaaa! Mais on peut même pas entrer dans les bâtiments et on ne sait même pas comment récupérer les combustibles!!»

«Perso, je comprends le japonais. Je peux vous assurer qu’il ne parle de la centrale que je vois tous les jours, car là, on ne gère pas vraiment, voire pas du tout la situation…»

«Mais qu’est-ce qu’ils disent???»

* * *

Il va sans dire que cette nouvelle officielle nippone a déclenché la joie du lobby nucléaire français et la presse s’en donne à coeur joie: petit florilège

BFMTV le 16 décembre 2011

La presse n’est pas en reste: Fukushima, réacteurs stabilisés, tout est sous contrôle et tout va bien, dixit: Ouest France.fr…BON JOUR!!, Radio Canada (les cons, ils y croient aussi), l’Express.fr, ROMANDIE news (ah bon!!), le Monde.fr, France Soir.fr, le nouvel Observateur, etc…

Mais le pompon, ce sont les bons conseils du Professeur Yamashita

ça ne s’invente pas

Bref, rien de tel pour relancer les programmes nucléaires français et notamment faire circuler l’immonde fichier pdf qui trône sur le forum de Nosotros Incontrolados. (Je rajoute une petite parenthèse pour une info toute fraîche, le Jura a tremblé cette nuit. Certes, les mauvaises langues vont me rétorquer que la magnitude fut de 3 sur l’échelle Bircher et je peux comprendre ce genre de réactions! Ce à quoi je répondrais prosaïquement: Mais depuis quand la terre a-t-elle tremblé dans cette région, heeeiiin?!)

Les sources essentielles sont tirées du site: libertés internets http://libertesinternets.wordpress.com/2011/12/20/les-ouvriers-jetables-apres-usage-de-lindustrie-nucleaire-ou-sont-passes-les-freeters-de-fukushima/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+wordpress%2FxTBZ+%28Revue+de+Web+%3A+Libertes+%26+Internets%29

Sinon, il y a l’excellent site Scoop.it! (déjà mentionné sur FAICMFSF)


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