Par NIALL FERGUSON, assez librement adapté par moi



Publié le 25 novembre 2011

Europe, 2021. Depuis 2010-11, ce ne sont pas moins 10 gouvernements, dont l’Espagne et la France, qui sont tombés. Et certaines choses ont beaucoup changé.

Si l’euro est toujours en circulation, il ne se voit quasiment plus, les paiements se faisant par voie électronique. Certains se demandent alors si la création d’une monnaie unique européenne en vaut la peine. Bruxelles, Siège politique de l’Europe, a été abandonnée au profit de la capitale autrichienne Vienne.

«Il y a quelque chose de l’héritage des Habsbourg»explique la nouvelle Chancelière autrichienne Radetzky Marsha. «Il faut juste rendre la politique multinationale bien plus rigolote.» Et les Allemands aiment les nouvelles modalités amusantes«Nous ne nous sommes jamais sentis bien accueillis en Belgique»rappelle la Chancelière allemande Reinhold Siegfried von Gotha-Dämmerung.

La vie est encore loin d’être facile dans les pays périphériques des États-Unis d’Europe (ou USE, (la zone euro est désormais connue). Le taux de chômage en Grèce, en Italie, au Portugal et en Espagne est monté à 20%. Mais depuis 2012, la création d’un nouveau système de fédéralisme budgétaire assure un flux régulier de fonds à partir du noyau de l’Europe du Nord.

Comme les Allemands de l’Est avant eux, les Européens du Sud se sont habitués à ce compromis. Avec un cinquième de la population de leur région âgée de plus de 65 ans et un chômeur sur 5 actifs, les gens ont le temps de profiter des bonnes choses de la vie. L’économie grise se développe et les habitants de ces pays peuvent travailler comme domestiques ou jardiniers pour les Allemands qui ont désormais tous leur résidence secondaire dans le sud ensoleillé.

L’USE a gagné quelques membres. La Lituanie et la Lettonie, collées à leur plan d’adhésion à l’euro, suivent l’exemple de leur voisine, l’Estonie. La Pologne, sous la direction dynamique de l’ancien ministre des Affaires étrangères Sikorski Radek, fait de même. Ces nouveaux pays-membres affichent une nouvelle Europe et attirent les investisseurs allemands avec leurs impôts inexistants et leurs salaires relativement bas.

D’autres pays ont quitté la zone euro.

Comme l’Angleterre où David Cameron, qui commence son 4ème mandat comme premier ministre, doit céder aux pressions des eurosceptiques de son propre parti. Il risque le référendum sur l’adhésion à l’UE et poussés par les tabloïds de Londres, le public vote contre à 59% des voix, laissant aux conservateurs la majorité absolue à la Chambre des communes. Libéré de la bureaucratie de Bruxelles, l’Angleterre est aujourd’hui la destination favorite des Chinois pour les investissements étrangers en Europe.

D’une certaine façon, cette Europe fédérale aurait réjoui le cœur des pères fondateurs de l’intégration européenne. En son cœur était le partenariat franco-allemand lancé par Jean Monnet et Robert Schuman dans les années 1950. Mais en 2021, cela a abouti à une chose très différente de l’Union européenne qui s’est effondrée en 2011.

* * *

Il fut convenu que la désintégration de l’Union européenne devait être centrée sur les deux berceaux de la civilisation occidentale, soit Athènes et Rome. Mais George Papandreou et Silvio Berlusconi n’ont pas été les premiers dirigeants européens à être les victimes de ce qu’on peut appeler la malédiction de l’euro.

Depuis la peur financière qui débute dans la zone euro en juin 2010, pas moins de sept autres gouvernements sont tombés en moins de 18 mois: les Pays-Bas, la Slovaquie, la Belgique, l’Irlande, la Finlande, le Portugal et la Slovénie.

L’euro n’est pas seulement une machine à tuer les gouvernements, il généré et encourage de nouveaux mouvements populistes, comme le «Parti Néerlandais pour la Liberté» et les «Vrais Finlandais».

La Belgique quant à elle, est sur le point de se scinder en deux. Les structures mêmes de la politique européenne sont en panne.

Qui seront les prochains? La réponse est évidente. Après les élections du 20 novembre 2011, le Premier Ministre espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, démissionne. Le prochain Chef d’Etat dans le collimateur est le Président français, Nicolas Sarkozy.

En Novembre 2011, la question que se pose le monde entier est si l’Union monétaire européenne, créée dans les années 1990, est sur le point de s’effondrer. De nombreux experts pensent que non seulement la Grèce, mais aussi l’Italie, auraient dû quitter ou être expulsées de la zone euro. Mais si cela se serait passé, il aurait été difficile de voir comment la monnaie unique aurait pu survivre. Les spéculateurs auraient immédiatement tourné leur attention vers les banques du maillon faible suivant, l’Espagne. En attendant, la Grèce se serait retrouvée dans une situation inextricable, l’ensemble de ses banques et la moitié de ses sociétés financières seraient insolvables avec leurs euro-obligations libellées en drachmes.

Restaurer les anciennes monnaies aurait également été ruineux à une époque de déficits déjà chroniques. Les nouveaux emprunts aurait été impossibles à financer autrement que par la planche à billets. Ces pays se seraient rapidement retrouvés dans une spirale inflationniste. 

Pour toutes ces raisons, la zone euro ne va pas se briser. Il semble plus probable que la monnaie va survivre, mais que l’Union Européenne, elle, va se désintégrer. Après tout, il n’y avait aucun mécanisme juridique pour laisser un pays comme la Grèce quitter l’union monétaire. Sous article spécial 50 du Traité de Lisbonne, un Etat membre peut quitter l’UE, et c’est précisément ce que les Britanniques vont faire.

* * *

Grâce à une inimitié personnelle entre Tony Blair et Gordon Brown, l’Angleterre n’a pas rejoint la zone euro après l’arrivée au pouvoir des Travaillistes en 1997. En conséquence, elle a été épargnée par ce qui aurait pu être une catastrophe économique là où la crise financière a déjà frappé. Avec une situation budgétaire meilleure que la plupart des pays méditerranéens et d’un système bancaire beaucoup plus grand que dans toute autre économie européenne, la Grande-Bretagne aurait été dans la situation de l’Irlande si elle avait adopté l’euro. Au lieu de cela, la Banque d’Angleterre est en mesure de poursuivre une politique agressive et expansionniste. Un taux zéro, un assouplissement quantitatif et une dévaluation grandement atténuée ont permis au «Chancelier de Fer» George Osborne de devancer les marchés obligataires avec un droit préférentiel sur l’austérité. Belle publicité pour les bienfaits de l’autonomie nationale.

Lors des débuts du mandat du premier ministre David Cameron en 2010, il y eut des craintes que le Royaume-Uni puisse se briser. Mais la crise financière a rendu les Ecossais dépendants. Et en 2013, dans une torsion historique, les électeurs la République de l’Irlande ont choisi l’échange de l’austérité pour la prospérité du Royaume-Uni Post sectarian et ont célébré leur citoyenneté dans le Royaume Réuni de Grande-Bretagne.

Une autre chose que personne n’avait prévu en 2011 a été l’évolution de la Scandinavie.

Inspirée par les «Vrais Finlandais», les Suédois et les Danois qui n’ont jamais vraiment adhéré à l’euro, ont refusé d’accepter la proposition allemande d’un «transfert d’union» pour renflouer l’Europe du Sud. La Norvège, riche en énergie, suggère alors la création de «La Ligue des Cinq Pays Nordiques», en y incluant l’Islande.

En Allemagne, contrairement aux autres pays, (des Pays-Bas à la Hongrie)tout type de politique populiste continue à y être «verboten».

La défaite de la coalition d’Angela Merkel en 2013 n’est pas une surprise suite à la crise bancaire allemande de l’année précédente. Les contribuables paient cher la décision de Mme Merkel pour renflouer la Deutsche Bank, en dépit du fait que les prêts au Fonds Européen de Stabilité Financière a été faite à la demande de son gouvernement. Le public allemand en a tout simplement marre de renflouer les banquiers et le mouvement «Occuper Francfort» réussit.

Pourtant, l’opposition sociale-démocrate poursuit la même politique avec une conviction «plus pro-européenne». Le SPD pousse à la révision le Traité qui a créé le Bureau des Finances Européennes de manière efficace et une Europe dont le Département du Trésor est désormais basé à Vienne.

Le SPD accueille favorablement le départ des Britanniques et des Scandinaves, et persuade les 21 autres pays à adhérer à l’Allemagne dans les nouveaux États fédéraux-Unis d’Europe selon le«Traité de Potsdam» en 2014. Avec l’adhésion de six autres ex-Républiques yougoslaves soit la Bosnie, la Croatie, le Kosovo, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie, le total des membres s’élève à 28, soit un Etat de plus que dans l’UE d’avant la crise. Avec la séparation belge de la Flandre et la Wallonie, le total se monte à 29.

Le SPD soutient les actions de Mario Draghi, un banquier italien devenu président de la Banque Centrale Européenne au début de Novembre 2011. M.Draghi va bien au-delà de son mandat et achète massivement des obligations indirectes italiennes et espagnoles, ce qui a dramatiquement mis fin à la crise du marché obligataire et ceci, quelques semaines seulement après son entrée en fonction. Il rend la BCE: Prêteuse de dernier recours pour les gouvernements. Mais la marque Draghi est l’assouplissement quantitatif qui a le mérite d’élargir le bilan de la BCE et de restaurer la confiance dans l’ensemble du système financier européen. M. Draghi déclare dans une interview en Décembre 2011: «L’euro ne peut être sauvé que par impression.»

C’est ainsi l’union monétaire européenne ne s’est pas effondrée, malgré les sombres prédictions des pontifes à la fin 2011. Au contraire, en 2021, l’euro est à nouveau utilisé par plusieurs pays.

Les négociations d’adhésion commencent avec l’Ukraine et les autorités allemandes parlent avec enthousiasme d’un futur traité de Yalta, divisant ainsi l’Europe en nouvelles sphères d’influences russes et européennes. Une source proche de la chancelière Gotha-Dämmerung plaisante: «Nous n’aurons pas l’esprit des Russes ayant les pipelines tant que nous arriverons à garder les plages de la Mer Noire.»

L’euro sauvé, une désintégration complète de la zone euro a pu être évité. Il est donc facile d’oublier, au milieu de ces machinations fébriles qui ont renversé MM Papandreou et Berlusconi, que des événements plus dramatiques se déroulent de l’autre côté de la Méditerranée.

* * *

En 2011, il y eut ceux qui croient que l’Afrique du Nord et du Moyen Orient entrent dans une ère nouvelle de démocratie. Mais en 2021, cet optimisme paraît presque incompréhensible.

Les événements de 2012 ont ébranlé non seulement l’Europe mais le monde entier. L’attaque israélienne sur les installations nucléaires iranienne a mis le feu aux poudres du «Printemps Arabe». L’Iran contre-attaque grâce à ses alliés dans la bande de Gaza et au Liban.

Ayant échoué à s’opposer à l’action israélienne, les Etats-Unis offre une assistance minimale et essaient en vain de garder le détroit d’Ormuz.

La Turquie saisit l’occasion pour prendre une partie iranienne et répudie la séparation de l’Etat turc d’Atatürk d’avec l’Islam.

Enhardis par la victoire électorale, les Frères musulmans ont saisi les rênes du pouvoir en Egypte et brisent le Traité de paix avec Israël. Le roi de Jordanie n’a guère d’autre choix que d’emboîter le pas. Les Saoudiens bouillonnent, mais on ne les voit pas revenir en Israël s’ils veulent éviter un Iran nucléaire. Israël est entièrement isolée. Le président des USA, Mitt Romney, planche sur la «restructuration de bilan» du Gouvernement fédéral.

Les Etats-Unis d’Europe interviennent alors pour empêcher le scénario que les Allemands redoutent: le recours désespéré aux armes nucléaires israéliennes. Au nouveau siège du Ministère des Affaires Etrangères de l’USE, à la Ringstrasse, le président de la Commission européenne Karl von Habsburg explique sur Al Jazeera: .«Premièrement, nous sommes inquiets de l’effet d’une autre hausse du prix du pétrole sur l’euro, mai nous avons surtout peur de voir des retombées radioactives sur nos stations préférées.»

En regardant les 10 années précédentes, M. de Habsbourg, encore appelé par son titre royal Archiduc Charles d’Autriche, peut être fier. Non seulement l’euro a survécu, mais un siècle après son grand-père, l’empire des Habsbourg s’est reconstitué comme États-Unis d’Europe.

Les Britanniques et les Scandinaves préfèrent le nommer: l’Empire allemand.

Les Etats-Unis perdent leur position comme meilleur endroit pour faire des affaires et la Chine avec le reste de l’Est maîtrisent les matières de l’Occident

-Mr.Ferguson est professeur d’histoire à l’Université Harvard et l’auteur de la «civilisation: L’Occident et le Reste», publié ce mois-ci par Penguin Press.

PS: Rien n’est dit sur l’Helvétie, mais au vu des nouveaux empires qui se dessinent, on peut voir qu’elle reprend sa particularité de zone tampon entre Empires d’antan.

Texte intégral 

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